Après une traversée du désert qui a duré quatre ans, l’or retrouve de son lustre. A 1205 dollars/once*, il se traite à un niveau de 37% inférieur à son record absolu de 1921 dollars touché le 6 septembre 2011. Est-ce une raison suffisante pour penser que le métal précieux ne peut réserver que de bonnes surprises cette année ? Saura-t-il protéger les portefeuilles contre les caprices des marchés actions ?
Pour répondre à ces questions, examinons les facteurs qui sont généralement considérés comme déterminants du cours de l’or. Le premier, et le plus fiable, est celui des taux d’intérêt réels américains : l’or leur est inversement corrélé et ce, de manière relativement stable dans le temps. Ces taux ayant légèrement baissé depuis le début de l’année, ils ont effectivement joué leur rôle de de soutien aux cours de l’or. Toute la question est : vont-ils maintenir cette orientation baissière ? Il faudrait pour cela que l’économie américaine entre dans une période de récession. C’est un scénario que l’on ne peut pas exclure mais cela n’est pas notre scénario central qui table plutôt sur une reprise. Par conséquent, du point de vue de ce seul facteur des taux d’intérêt réels, le cours de l’or ne devrait plus bénéficier de soutien. Mais le risque qu’il chute est également limité. En effet, il faudrait pour cela une forte hausse des taux d’intérêts américains. Or, celle-ci supposerait une économie qui tourne à plein régime, un scénario qui n’est manifestement pas anticipé actuellement par les marchés.
Un deuxième facteur souvent mis en avant dans les analyses est l’évolution du dollar : à la force de la devise américaine est généralement associée la faiblesse du cours du métal précieux et inversement. Si, comme le prévoit notre scénario central, la devise américaine devrait se stabiliser en 2016, alors cette évolution ne devrait pas avoir d’impact sur le cours de l’or. Ceci dit, l’évolution de la devise américaine dépendant avant tout de celle des taux réels, cela nous ramène à notre premier déterminant.
Le niveau d’incertitude géopolitique est généralement considéré comme un autre facteur décisif dans la mesure où l’or est assimilé à la valeur refuge par excellence durant les périodes de crise. En réalité, ce n’est que partiellement vrai. Durant toute la récente phase de baisse des cours de l’or, l’Europe a connu de sérieuses phases de crise sans pour autant qu’elles n’aient d’impact marqué sur l’évolution du métal précieux. Cela n’a pas été le cas de la crise grecque par exemple.
Ce n’est que lorsque les incertitudes géopolitiques se répercutent sur les marchés actions, les entraînant dans une phase de correction, que l’or joue un rôle de protection : contrairement aux actifs risqués, il reste stable ou connaît une légère hausse. C’est ce que nous observons en ce début d’année 2016. Mais cet effet n’est généralement que temporaire. De plus cet effet n’est pas observé lors de chaque crise : l’or n’a pas joué son rôle de refuge ni en 19811982 pas plus qu’en 1998. En d’autres termes, la corrélation entre la montée des incertitudes et celle des cours de l’or est loin d’être stable.
Dans le secteur des matières premières, le rapport entre l’offre et la demande est généralement un indicateur important en ce qui concerne les perspectives d’évolution des cours. Pour l’or, l’impact de ce ratio est marginal. En premier lieu, la production ne représente qu’une petite fraction des stocks d’or disponibles dans le monde. Selon les données du World Gold Council, ces stocks s’élevaient à 183'600 tonnes à fin 2014 alors que la production cette même année a été de l’ordre de 4’400 tonnes (4'258 tonnes en 2015). Pour 2016, les prévisions tablent sur une production stable. A plus longue échéance, certains analystes tablent sur une baisse tendancielle de la capacité de production (raréfaction de l’or), mais il s’agit là d’un déterminant très marginal de l’évolution des cours : l’exemple de la soit-disant fin du pétrole est là pour le démontrer.
Pour ce qui concerne la demande, elle est restée pratiquement inchangée entre 2014 et 2015, même si elle a connu un rebond de 4% au 4ème trimestre 2015, rebond essentiellement porté par une demande accrue des banques centrales et des investisseurs. Or ces derniers jouent un rôle de plus en plus important, notamment depuis la création des ETPs (Exchange Traded Products) sur l’or. Parce qu’ils sont cotés en continu et représentent un volume de métal non négligeable (vente de 915 tonnes par rapport à une production annuelle de 4200 tonnes environ en 2013) ces ETPs peuvent être considérés comme des produits de momentum. On achète et vend l’or en fonction du « sentiment ». Et la création d’ETPs sur l’or entraînant automatiquement un achat d’or, il y a création d’une spirale de hausse ou, dans le cas contraire, d’une spirale à la baisse. Aussi, pour protéger son portefeuille, mieux vaut préférer à l’or des stratégies bien diversifiées que l’on peut orienter de manière plus ou moins défensive.
*cours du 15 février 2016
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