Nous attendons toujours trop des banques centrales, et cela ne risque pas encore de finir cette année.

Après 7 années de politique extra-accommodante, la Fed a timidement remonté ses taux directeurs de 25 points en décembre et cela après en avoir fait la promesse il y a un an. Un mois après, les anticipations de hausse de taux se sont effondrées, les bourses ont baissé de 10% et seule une hausse de 25 points est encore anticipée -en décembre 2016- par les marchés des Fed Funds Futures. Pourtant sur un historique de plus de 30 ans, jamais la Fed n’a remonté ses taux qu’une seule fois dans un cycle de resserrement. Si les marchés avaient raison, nous serions dans une situation inédite qui laisserait penser que la Fed s’est trompée en montant ses taux et que le risque de ralentissement de l’économie américaine serait plus important qu’attendu. Or si l’on prend en compte la situation économique actuelle des Etats-Unis (taux de croissance et d’inflation), n’importe quelle règle de Taylor pointe sur un taux cible de 3%. Et les membres de la Fed ne disent pas autre chose en anticipant un taux directeur à long terme de 3.50% (et de 1.37% pour fin 2016). Pourtant les marchés euphorisés au quantitative easing depuis presqu’une décennie ne veulent pas y croire. Soyons honnêtes personne n’aime la fin des belles histoires.

En Europe, la conférence de presse de décembre 2015 de Mario Draghi a laissé plus d’un investisseur amer. Alors que beaucoup s’attendaient à une augmentation du rythme d’achat des actifs et une forte baisse de son taux de dépôt, la BCE a assuré le service minimum, comme si le camps des faucons avait regagné du terrain. Un mois après, le ton a changé, et son président a laissé entrevoir, lors de sa dernière conférence de presse, des actions complémentaires en mars après la révision des projections de croissance et d’inflation. Les raisons invoquées ? La baisse plus importante de l’inflation et des anticipations d’inflation. Pourtant qui a la main sur l’inflation « headline » ? Essentiellement fonction des prix des matières premières, le taux d’inflation européen ne remontera pas avec des taux plus bas. Et il était aussi idiot de monter les taux en 2011 parce que le pétrole a monté, qu’il serait naïf de les baisser en 2016 parce que le pétrole a baissé. La vraie raison n’est pas là. Mario Draghi ne peut accepter que la bourse européenne ait baissé de 10% depuis le début de l’année et que les spreads de crédit se tendent de manière trop importante. Soyons honnêtes tout le monde préfère les bonnes nouvelles.

Au Japon, en Chine ou ailleurs les banques centrales suivent le même chemin. L’appréciation récente du Yen (+5% en TWI) sera un jour ou l’autre contrée par une nouvelle action de la BOJ qui ne peut accepter d’être la perdante du jeu bien connu de dévaluation compétitive. En 2016, il est donc possible que le gouverneur Kuroda envisage une nouvelle expansion de son bilan. Les autorités chinoises quant à elles sont en train d’apprendre, à leurs dépens, les règles du jeu. Et si les bourses chinoises venaient à souffrir davantage, la Banque de Chine serait obligée de recourir à de nouvelles mesures accommodantes.

Pour faire face au risque déflationniste, les banques centrales du monde entier ont insufflé et continuent d’insuffler des doses massives de liquidités. Nous arrivons progressivement à la fin de ce jeu aux États-Unis, ce qui devrait pousser les autres banques centrales à prendre le relais par de nouvelles politiques accommodantes. Face à la volatilité qui secouent les marchés, Madame Yellen n’a donc plus beaucoup de choix ;  car comme le dit le proverbe chinois “Si tu avances, tu meurs ! Si tu recules, tu meurs ! Alors, pourquoi reculer ?”